mercredi 8 octobre 2008

Normandie (2) - Honfleur



Demeure la Seine
Je la quitte, tu me siffles
Le décor en berne
Au deuxième acte : les mêmes, deux gifles

mardi 7 octobre 2008

Normandie (1) - Ballade Normande

Il marchait sur des jours
Que bientôt il quitta
Arrimés aux bas fonds de Jaipur
Il rêvait d’intouchables en parias.

La gouaille en bandoulière
(Un passé sous arcane
Il jetait ses pieuses)
– Demeurait sous arcane,
Rose de fleuriste, une stratosphère :
C’était un signe cette eau forte sans fanes –

Le fleuve se mit en marche
Dépassant le passé
Et gravait sur des épreuves bravaches
De gangue, de terre, la geste des contrefaits

Les graviers s’y mêlèrent
De galets. Surpassé
Il n’en portait pas moins sa vie altière
Sifflotant la chanson du trépassé.

Arrogant – La rose, et
Oui, pétale à pétale
Sans rien d’anormal suivait son lais
Ronsard n’y pouvait être plus banal –

Des diamants et des rêves habitaient mes nuits.

L’arme insolite fut un tremblement de trêve.

lundi 6 octobre 2008

Sans titre (2)

Et le feu de la balle surgissant du buisson m’avait aveuglé. C’était un tir solaire qui s’était libéré du branchage après y avoir mûrement concentré ses rayons. Un coup d’œil nonchalant l’avait fait partir qui n’en finissait plus d’être capté par la lumière. Elle irradiait dans un éclat centrifuge mon iris et sa blancheur absorbait toute forme. Alors que la fusion était complète subitement le noir néant s’abattit.

Comme au cinémascope : le train entra en gare, les ouvriers sortaient de l’usine et l’arroseur arrosé. Comme une première du cinémascope ! Une créature se libérait de sa gangue et apparaissait à l’aveugle, se révélait au voyant et le voyeur s’en damnait : seule la lune y perdait un œil mais son éclat se fit alors plus aimant pour des générations jusqu’en l’an 69 du siècle, harmonique et érotique. Depuis longtemps les oracles annonçaient la réunion de l’être solaire d’avec la lune. La fécondation du satellite eu lieu et les marées et les astres en furent changés. La science s’était mise une fois au service de l’onirisme et des forces occultes et déjà le jour brillait en pleine nuit, la marche de la terre se ralentit, s’arrêta et s’opposa à la volonté du créateur : seule une habile manipulation nous fait encore croire à une marche normale de la gravitation par inversion des sens de nos hémisphères cérébraux. Mais qui regarde à l’ouest voit désormais le soleil levant se coucher à l’est de nulle part. Et sa force naissante qui s’accroît sans cesse décile l’œil par la lame affûtée de la faux d’une fusion nucléaire : cette grâce n’est accordée qu’à ceux qui se retournent et seuls la femme de Loth et Orphée ont payé de leur âme ce sacrilège. Dans l’éternité de leur audace, l’immortalité de son chant, leurs vertèbres cervicales se sont pétrifiés et quand on croît qu’ils avancent ils reculent : ils ont vu l’arc tonnerre et voient l’expansion de l’univers comme ils verront le battement éternel de la matière.

Mais à quel prix accepte t on la mort ? Contre un plat de lentille, contre une descendance et sa connaissance omnisciente … contre sa naissance ? La déshérence pour des générations. Et cette cicatrice qui ne se console de rien, qui demeurera toujours les myriades noires se dispersant à l’infini dans l’espace blanc de l’éternité, des pixels de ténèbres que nulle mystique n’éteindra jamais : la chekhina à jamais déflorée. Mais certains n’accepteront jamais ce marché et ceux qui ne peuvent plus le refuser. Eux sont morts de ne vouloir mourir et on leur extorqua le pire pour leur offrir la mort : le cri primordial, des larmes et du sang. Et la souffrance en héritage pour les spectres et les vivants.

dimanche 5 octobre 2008

Revue Alsacienne de Littérature

Le nouveau numéro (n°103) de la "Revue Alsacienne de Littérature" (RAL) est sorti !
Je rappelle que certains de mes poèmes ont été publié dans les n° 95 et 97 de cette excellente revue.
Vous pouvez vous procurer ou commander la RAL dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

samedi 4 octobre 2008

J'embrasse des espaces infinis (3)

Enfin j’arrivais à Jérusalem. Du mur des lamentations je remontais l’ancienne ville pour emprunter l’antique Cardo : la voie se rétrécissait. De là je sortis par la porte de Jaffa et je descendis les collines de la ville Sainte en me dirigeant vers Jéricho. Sublimes collines de pierre ocre jaune reflétant le soleil. Les troupeaux de chèvre des bédouins, vifs et agiles, y broutaient d’étiques buissons épineux. Arrivé dans la vallée je la descendis, m’y enfonçant toujours plus profondément et laissant derrière moi l’oasis verte des dattiers. J’entrais dans la plaine salée. A ma droite se dressait de curieuses formations géologiques : d’un minéral blanc et gris, morcelé par l’érosion des pluies, des cratères alternaient à de petits monticules. Il me fallait passer par ce paysage lunaire afin de rejoindre les hauteurs. J’arrivais aux monts de Judée alors que le soleil se couchait. Derrière moi la Mer Morte scintillait de mille éclats. Devant moi s’étendait l’infini du désert embrasé par les cieux. C’était le départ et l’arrivée d’un périple sans cesse recommencé où je traçais ma géographie.

J’embrasse des espaces infinis.

vendredi 3 octobre 2008

Hagadah

Je revenais de la capitale en train, quand en me promenant dans les wagons je croisais mon rabbin. Je fis mine de ne pas le voir mais lui m’avait bien vu ou plutôt sentit. Il me fit signe de rentrer dans sa cabine et de m’asseoir en face de lui, j’obtempérais.
Il me souhaita le bonjour et après les formules de politesse d’usage me demanda ce que je faisais dans ce train ; ce qui donnait en langage de rabbin à peu près cela :
- Shalom David ben Abraham. Comment vont tes parents, que la paix soit sur eux ? Et ta sœur, que Dieu la bénisse, que devient elle ?
Je répondais par des formules de généralité sans m’enquérir en retour de sa famille. Pour ma part je revenais d’une exposition au Grand Palais, je lui parlais de l’érotisme chez Picasso, il me répondit par le Zohar et le traité six du Talmud et en particulier de Nidda relatif à la pureté chez la femme. J’étais édifié par le pharisianisme de sa réponse, positivement édifié : ses propos entraient en résonance avec les dessins les plus scabreux du peintre espagnol.
Enfin, après m’avoir récité en conclusion un passage du Cantique des Cantiques, il me demanda ce que je devenais. Je finissais mes études, sans savoir encore de quoi demain serait fait. S’engagea alors la discussion la plus surprenante que je n’ai jamais eu :
- Tu arrives à la fin de ta formation ! Dis moi de quoi parlions nous la dernière fois que nous nous étions vu ?
Depuis ma bar mitzvah j’avais délaissé le judaïsme, mais ces derniers temps avaient été marqué par la découverte personnelle de la grâce du Shabbat et ma curiosité religieuse s’était éveillée, si bien que je demandais à mon rabbin des cours de religion.
- Nous parlions de ma paracha.
- Ah ! Miqqets, c’est bien ça. Nous en étions au moment où Joseph, après avoir interprété les rêves de Pharaon grâce à la médiation de l’échanson, va devenir son conseiller personnel. C’est une belle paracha et pleine de promesse pour toi …
- Comment ça ?
- Et oui ne vois tu pas que grâce à tes études, ton savoir, toi aussi tu es en mesure de devenir le conseiller des grands de ce monde ? Il te faut investir la vie à présent.
Je répondais par des mots très modestes, lui disant que j’étais loin d’être un inspiré et que mon savoir résistait peu à la réalité, qu’avant tout les examens que j’avais passé n’étaient que de vagues contrôles de connaissances.
Il me répondit par cette hagadah :
- Il était une fois dans une yechivah un élève et son maître. Un jour le rebbe convoqua son élève pour lui tenir ces propos :
- Depuis combien de temps es tu là Moshé ?
- Cela va faire dix ans que j’étudie à vos côtés rebbe, une année par commandement.
- Oui c’est un beau chiffre pour étudier. J’espère que ces années t’ont été profitables, que tu y as grandit dans la crainte du Seigneur, bénit soit son nom.
- Oui rebbe, mais je croyais qu’il fallait étudier sans attendre quelque chose en retour.
- C’est vrai Moshé, l’étude se suffit à elle même, mais curieusement c’est ce désintéressement qui procure le plus à l’élève : de savoir, de sagesse. Et s’il faut poursuivre toute sa vie cette œuvre pour la plus grande gloire de l’Eternel un et unique, loué soit il, il faut également un moment quitter son maître.
Ces derniers mots furent comme un coup de tonnerre, sonnèrent comme les trompes du shoffar dans le cœur de Moshé. Quoi, son maître voulait il se débarrasser de lui ?
- Maître j’ai encore tant à apprendre, il est trop tôt.
- Moshé, tu as lu la thorah et le talmud, j’ai commencé à t’initier aux secrets de la Kabbale ; tu pourrais me réciter par cœur n’importe quel passage des saintes écritures. Dieu en soit remercié tu fus l’un de mes meilleurs élèves …
- Mais je suis loin d’avoir épuisé le sens des écritures. Et d’ailleurs comment cela se pourrait il ? les voies du Seigneur sont infinies !
- Les voies du Seigneur sont infinies et ses voix longtemps encore parleront en toi. Mais dit moi Moshé il me semble par tes propos que tu as appris à te poser toi même des questions ?
- Oui rebbe j’ai appris la vanité de toute réponse.
- Sache et prend le comme une ultime leçon, qu’il faut sans cesse se remettre en question. Pose toi des questions et sur ces questions interroge toi encore. Car apprends qu’en toute question réside sa réponse.
- Oui mais rebbe, pour trouver la voie juste, quels questions devrais je me poser ?
- Il me semble Moshé que tu es sur la bonne voie.
Et sur ces derniers mots le rebbe mit fin à l’entretien et mon rabbin me fit signe que je pouvais disposer.

jeudi 2 octobre 2008

Temporel

Le nouveau numéro de la revue littéraire en ligne "Temporel" est paru!
Vous pouvez le retrouver à partir de mes sites favoris ou directement à l'adresse suivante :

http://temporel.fr/

Je rappelle que vous pouvez retrouver certains de mes poèmes dans le numéro 2 et 3 de cette revue à partir du lien suivant :

http://temporel.fr/_David-Schnee_

les informations me concernant ne sont plus tout à fait exactes!

Bonne lecture.