Je revenais de la capitale en train, quand en me promenant dans les wagons je croisais mon rabbin. Je fis mine de ne pas le voir mais lui m’avait bien vu ou plutôt sentit. Il me fit signe de rentrer dans sa cabine et de m’asseoir en face de lui, j’obtempérais.
Il me souhaita le bonjour et après les formules de politesse d’usage me demanda ce que je faisais dans ce train ; ce qui donnait en langage de rabbin à peu près cela :
- Shalom David ben Abraham. Comment vont tes parents, que la paix soit sur eux ? Et ta sœur, que Dieu la bénisse, que devient elle ?
Je répondais par des formules de généralité sans m’enquérir en retour de sa famille. Pour ma part je revenais d’une exposition au Grand Palais, je lui parlais de l’érotisme chez Picasso, il me répondit par le Zohar et le traité six du Talmud et en particulier de Nidda relatif à la pureté chez la femme. J’étais édifié par le pharisianisme de sa réponse, positivement édifié : ses propos entraient en résonance avec les dessins les plus scabreux du peintre espagnol.
Enfin, après m’avoir récité en conclusion un passage du Cantique des Cantiques, il me demanda ce que je devenais. Je finissais mes études, sans savoir encore de quoi demain serait fait. S’engagea alors la discussion la plus surprenante que je n’ai jamais eu :
- Tu arrives à la fin de ta formation ! Dis moi de quoi parlions nous la dernière fois que nous nous étions vu ?
Depuis ma bar mitzvah j’avais délaissé le judaïsme, mais ces derniers temps avaient été marqué par la découverte personnelle de la grâce du Shabbat et ma curiosité religieuse s’était éveillée, si bien que je demandais à mon rabbin des cours de religion.
- Nous parlions de ma paracha.
- Ah ! Miqqets, c’est bien ça. Nous en étions au moment où Joseph, après avoir interprété les rêves de Pharaon grâce à la médiation de l’échanson, va devenir son conseiller personnel. C’est une belle paracha et pleine de promesse pour toi …
- Comment ça ?
- Et oui ne vois tu pas que grâce à tes études, ton savoir, toi aussi tu es en mesure de devenir le conseiller des grands de ce monde ? Il te faut investir la vie à présent.
Je répondais par des mots très modestes, lui disant que j’étais loin d’être un inspiré et que mon savoir résistait peu à la réalité, qu’avant tout les examens que j’avais passé n’étaient que de vagues contrôles de connaissances.
Il me répondit par cette hagadah :
- Il était une fois dans une yechivah un élève et son maître. Un jour le rebbe convoqua son élève pour lui tenir ces propos :
- Depuis combien de temps es tu là Moshé ?
- Cela va faire dix ans que j’étudie à vos côtés rebbe, une année par commandement.
- Oui c’est un beau chiffre pour étudier. J’espère que ces années t’ont été profitables, que tu y as grandit dans la crainte du Seigneur, bénit soit son nom.
- Oui rebbe, mais je croyais qu’il fallait étudier sans attendre quelque chose en retour.
- C’est vrai Moshé, l’étude se suffit à elle même, mais curieusement c’est ce désintéressement qui procure le plus à l’élève : de savoir, de sagesse. Et s’il faut poursuivre toute sa vie cette œuvre pour la plus grande gloire de l’Eternel un et unique, loué soit il, il faut également un moment quitter son maître.
Ces derniers mots furent comme un coup de tonnerre, sonnèrent comme les trompes du shoffar dans le cœur de Moshé. Quoi, son maître voulait il se débarrasser de lui ?
- Maître j’ai encore tant à apprendre, il est trop tôt.
- Moshé, tu as lu la thorah et le talmud, j’ai commencé à t’initier aux secrets de la Kabbale ; tu pourrais me réciter par cœur n’importe quel passage des saintes écritures. Dieu en soit remercié tu fus l’un de mes meilleurs élèves …
- Mais je suis loin d’avoir épuisé le sens des écritures. Et d’ailleurs comment cela se pourrait il ? les voies du Seigneur sont infinies !
- Les voies du Seigneur sont infinies et ses voix longtemps encore parleront en toi. Mais dit moi Moshé il me semble par tes propos que tu as appris à te poser toi même des questions ?
- Oui rebbe j’ai appris la vanité de toute réponse.
- Sache et prend le comme une ultime leçon, qu’il faut sans cesse se remettre en question. Pose toi des questions et sur ces questions interroge toi encore. Car apprends qu’en toute question réside sa réponse.
- Oui mais rebbe, pour trouver la voie juste, quels questions devrais je me poser ?
- Il me semble Moshé que tu es sur la bonne voie.
Et sur ces derniers mots le rebbe mit fin à l’entretien et mon rabbin me fit signe que je pouvais disposer.
Le nouveau numéro de la revue littéraire en ligne "Temporel" est paru!Vous pouvez le retrouver à partir de mes sites favoris ou directement à l'adresse suivante :http://temporel.fr/Je rappelle que vous pouvez retrouver certains de mes poèmes dans le numéro 2 et 3 de cette revue à partir du lien suivant :http://temporel.fr/_David-Schnee_les informations me concernant ne sont plus tout à fait exactes!Bonne lecture.
Dans un déclic de ma souris
J’envoie mes mots dans la fibre optique :
Ça ferraille dur dans les nœuds du réseau.
Le verbe surf en novlangue de Paris Turf,
Du tac au tac il réplique
Dans la course épique
Qui oppose les lettres sanscrites,
Ça cut et ça condense :
Kfé, Kkouète, Skimo glaC ?
Il faut bien dé - Compresser entre deux lols.
Désormais on se tâte par chat,
« Tu me plais, Je te plais »
Un petit pear to pear
Et ça repart :
L’homme connecté a un idéal connexionniste,
Ça zappe, ça double – clic … Dépit ! ça bug.
Mes fichiers sont hakés j’ai plus qu’à recommencer,
Briques après briques je reconstruis mon site :
Pour une fenêtre ouverte sur le monde
Combien de volets fermés pour la pénombre ?
Qu’importe ma porte
Moi je prends la clef
Des champs numériques :
Qu’est ce que va bien pouvoir me dealer mon fournisseur d’accès ?
Il dégroupe, on se regroupe,
Je recoupe l’information désirée :
Ça fuse
J’en suis toute confuse.
Déconstruction, reconstruction,
Le mot clef est télé :
Téléphone,
Télé transportation,
Téléchargement,
Une décharge des sens
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence.
Pour faire le plein je me ressource
Au code source … ça y est
Je m’énerve sur le clavier :
CRIS et chuchotements
Et tout le tremblement.
Dis moi petit,
Réel ça a combien de pixels ?
A pile ou face le sou était retombé exactement sur la tranche. Et la pièce ne cessait de tourner sur elle-même. Aucune décision ne serait prise sur la foi de ce lancer. Aucun pari ne pouvait être tranché. D’ailleurs quel fou miserait sur cette probabilité ? Le coup ne valait pas une tune mais était bien plus que cela. Au début le phénomène était regardé avec curiosité. Puis il fut étudié. Avant d’être délaissé.
Comme une révolution : une marche pour du pain, la prise d’une Bastille et le champ de Mars. Comme une révolution subversive ! A en perdre la tête. Déjà. Et tu claudiquais sur tes pieds (l’un long l’autre court) à saint Lazare sur le départ sans avoir vu les Amériques. Ses herbes grasses, ses feuilles d’herbes si bien chantées … pressenties. Mais quoi, toujours trahis ! Vos rêves évanouis renaissant sans cesse et jamais si bien portés que lorsqu’ils sont légers. « Je sais » dit l’élève qui méconnait. Vous, les croyant, ratiocinateurs, lourds dogmatiques ignorants, programmez, commandez, dictez la mécanique du rêve. Où réside l’oxymore quand l’un des termes anéanti l’autre ?
Liberté chérie, libre pensée, rêve adoré. Je ne vous donnerais pas ma vie mais il est possible que par mégarde je meurs pour vous.
Mon parfum d'ombre...Le son de l'air...L'ivraie du temps...
C’était une forêt pauvre humide, aux hautes frondaisons couvertes de clématites, des plantes rampantes couvraient le sol et des giessen que je devais passer à gué la parcouraient. Je me dirigeais résolument vers l’ouest. De temps en temps les arbres cédaient la place à de vastes prés parsemés de saules têtards. Le terrain en pente douce s’élevait jusqu’à un fossé d’où s’étendait une terrasse de terres agricoles. A l’horizon la ligne bleue des montagnes se dressait. Passé le Piémont cultivé de vignes les collines se couvrirent de forêts où les aulnes, les frênes, les saules étaient remplacés par des marronniers, des chênes, des érables. Des fougères et des herbes grasses prospéraient par terre tandis que les lierres se hissaient sur les troncs rugueux couverts de mousses. Depuis des terrasses de grès s’étendaient à mes pieds au loin la plaine et proche le flamboiement des couleurs de l’automne. A mesure que je montais les tâches vertes persistantes des sapins apparaissaient. Leurs innombrables aiguilles, qui jonchaient le sol, servaient à l’édification de fourmilières géantes en forme de pain de sucre. Des torrents dévalaient les pentes. Je montais encore et le sol devint granitique, bientôt j’affrontais mon premier pierrier. Passée cette épreuve, j’arrivais à un replat où la forêt se clairsemait. Le sol était devenu humide et spongieux. Ma progression s’en trouva ralentie. Au centre de la clairière un lac noir reposait. Le sommet était proche : de l’autre côté de la tourbière une sente se hissait dans un cirque glaciaire bordée des deux côtés par des falaises de granit. Longtemps j’escaladais les parois abruptes par où passait mon chemin. J’arrivais enfin sur les chaumes primaires. Seuls quelques hêtres couverts de lichens poussaient rachitiques et torturés par les vents contraires qui soufflaient sur ces sommets désolés. A perte de vue s’étendait une mer de nuages d’où, tels des îles, se dressait le sommet des montagnes. Un corbeau survolait ce paysage et m’enjoignait à le rejoindre : véritablement je planais sur ces surfaces éthérées.
Je ne repris pied nulle part et de là je poursuivis mon chemin droit vers le sud et à l’est, traversant des pays insensés.
Seit die Morgen erscheinen,
Vor der Mitte der Nacht
Wo der Mond so stark wie die Sterne scheint,
Löst das Mittel die verboten Liebe
Und verblühen die Sterne
Und der verblümt Mond
Fliesst, mit dem dunklen Fluss des Himmels,
Wie Gott, selbst, verblutet sein schwarz – blaues Leben,
Ins weisse Meer am Anfang des Tages.