vendredi 3 octobre 2008

Hagadah

Je revenais de la capitale en train, quand en me promenant dans les wagons je croisais mon rabbin. Je fis mine de ne pas le voir mais lui m’avait bien vu ou plutôt sentit. Il me fit signe de rentrer dans sa cabine et de m’asseoir en face de lui, j’obtempérais.
Il me souhaita le bonjour et après les formules de politesse d’usage me demanda ce que je faisais dans ce train ; ce qui donnait en langage de rabbin à peu près cela :
- Shalom David ben Abraham. Comment vont tes parents, que la paix soit sur eux ? Et ta sœur, que Dieu la bénisse, que devient elle ?
Je répondais par des formules de généralité sans m’enquérir en retour de sa famille. Pour ma part je revenais d’une exposition au Grand Palais, je lui parlais de l’érotisme chez Picasso, il me répondit par le Zohar et le traité six du Talmud et en particulier de Nidda relatif à la pureté chez la femme. J’étais édifié par le pharisianisme de sa réponse, positivement édifié : ses propos entraient en résonance avec les dessins les plus scabreux du peintre espagnol.
Enfin, après m’avoir récité en conclusion un passage du Cantique des Cantiques, il me demanda ce que je devenais. Je finissais mes études, sans savoir encore de quoi demain serait fait. S’engagea alors la discussion la plus surprenante que je n’ai jamais eu :
- Tu arrives à la fin de ta formation ! Dis moi de quoi parlions nous la dernière fois que nous nous étions vu ?
Depuis ma bar mitzvah j’avais délaissé le judaïsme, mais ces derniers temps avaient été marqué par la découverte personnelle de la grâce du Shabbat et ma curiosité religieuse s’était éveillée, si bien que je demandais à mon rabbin des cours de religion.
- Nous parlions de ma paracha.
- Ah ! Miqqets, c’est bien ça. Nous en étions au moment où Joseph, après avoir interprété les rêves de Pharaon grâce à la médiation de l’échanson, va devenir son conseiller personnel. C’est une belle paracha et pleine de promesse pour toi …
- Comment ça ?
- Et oui ne vois tu pas que grâce à tes études, ton savoir, toi aussi tu es en mesure de devenir le conseiller des grands de ce monde ? Il te faut investir la vie à présent.
Je répondais par des mots très modestes, lui disant que j’étais loin d’être un inspiré et que mon savoir résistait peu à la réalité, qu’avant tout les examens que j’avais passé n’étaient que de vagues contrôles de connaissances.
Il me répondit par cette hagadah :
- Il était une fois dans une yechivah un élève et son maître. Un jour le rebbe convoqua son élève pour lui tenir ces propos :
- Depuis combien de temps es tu là Moshé ?
- Cela va faire dix ans que j’étudie à vos côtés rebbe, une année par commandement.
- Oui c’est un beau chiffre pour étudier. J’espère que ces années t’ont été profitables, que tu y as grandit dans la crainte du Seigneur, bénit soit son nom.
- Oui rebbe, mais je croyais qu’il fallait étudier sans attendre quelque chose en retour.
- C’est vrai Moshé, l’étude se suffit à elle même, mais curieusement c’est ce désintéressement qui procure le plus à l’élève : de savoir, de sagesse. Et s’il faut poursuivre toute sa vie cette œuvre pour la plus grande gloire de l’Eternel un et unique, loué soit il, il faut également un moment quitter son maître.
Ces derniers mots furent comme un coup de tonnerre, sonnèrent comme les trompes du shoffar dans le cœur de Moshé. Quoi, son maître voulait il se débarrasser de lui ?
- Maître j’ai encore tant à apprendre, il est trop tôt.
- Moshé, tu as lu la thorah et le talmud, j’ai commencé à t’initier aux secrets de la Kabbale ; tu pourrais me réciter par cœur n’importe quel passage des saintes écritures. Dieu en soit remercié tu fus l’un de mes meilleurs élèves …
- Mais je suis loin d’avoir épuisé le sens des écritures. Et d’ailleurs comment cela se pourrait il ? les voies du Seigneur sont infinies !
- Les voies du Seigneur sont infinies et ses voix longtemps encore parleront en toi. Mais dit moi Moshé il me semble par tes propos que tu as appris à te poser toi même des questions ?
- Oui rebbe j’ai appris la vanité de toute réponse.
- Sache et prend le comme une ultime leçon, qu’il faut sans cesse se remettre en question. Pose toi des questions et sur ces questions interroge toi encore. Car apprends qu’en toute question réside sa réponse.
- Oui mais rebbe, pour trouver la voie juste, quels questions devrais je me poser ?
- Il me semble Moshé que tu es sur la bonne voie.
Et sur ces derniers mots le rebbe mit fin à l’entretien et mon rabbin me fit signe que je pouvais disposer.

Aucun commentaire: