vendredi 24 octobre 2008

Pour faire la confiture de maman :
Prenez un kilogramme de maman
Autant de sucre
Pour un litre d’eau

Commencez par la faire mijoter dans son jus
Jusqu’à ce que toute la graisse soit fondue

Récupérer cette dernière dans un bocal bien hermétique.

Epluchez la pour éviter les grumeaux
Et rajoutez vivement l’eau,

Il se peut alors qu’elle se débatte par quelques tics

Ne vous en offusquez pas
Et versez une cuillère de vinaigre à ras :

Cela lui fera faire la grimace comme la soupe

Qu’elle vous servait autrefois.
Remuez bien, ça accroche parfois.

Au lieu du vinaigre vous pouvez également – houp !

Elle éclabousse du bout du menton –
Lui presser le citron :

Chacun son tour et les chats seront bien fouettés.

Versez le sucre à présent
En comptant bien chaque cristal manquant,

Portez à ébullition en n’oubliant pas de mélanger

Vous la ferez ainsi confire
Ce qui peut porter à rire :

Gardez vous en bien cela la ferait tourner,

Maintenez votre sérieux jusqu’au bout
Tant que son ventre n’est pas mou.

Stoppez net la cuisson et passez la sous l’eau glacée,

Cette douche écossaise
Vous rendra fort aise,

Du moins est-ce ce que vous disait maman lorsque vous étiez enfant.

Laissez refroidir une heure au moins
Puis étalez entre deux tranches de pain :

Offrez la tartine à votre papa pour lui faire grincer des dents.

jeudi 23 octobre 2008

Sans titre (4)

Et le mot, le vaste jeu de mot de l’univers qui se priverait bien du langage, soyez en certain ! L’immense, la gigantesque association d’idées : d’images, de sons, d’odeurs … de sensualité. Les petits plaisantins, les champions du trucage n’ont pas attendu le verbe pour réaliser leur tour de passe - passe : imaginez Lucie singeant le vol de l’autruche ou ce longue dent dont les canines étaient cariées et qui n’osait même plus gober les mouches tant il avait mal. Et de lâcher un pet bien sonore et foireux pour achever ses mimes.

Comme des dupes. Systématiquement nous bénirions notre fils cadet en croyant embrasser l’aîné : une peau de chèvre, la voix anormalement grave et vulgaire et ne pas se laver une semaine durant pour faire macérer les odeurs. Comme des dupes aveugles et vieillissantes ! La magie opère, la croyance suit et avec la croyance une cosmogonie se réalise : la face du monde en est changée. Même le pot au rose découvert ne saurait abroger notre foi. Il en va ainsi de la force du chaman : imiter c’est s’approprier la force et les pouvoirs de la création qui lui sont échus.

Humain sauras tu me réconforter ? Chaque histoire migre aux cieux et je communie avec l’être qui me raconte. Car en mon for intérieur je sais qu’il n’est qu’un miroir de mes peines et de mes joies. Et l’oiseau de feu dans son envol embrasa le front de la licorne. Ainsi tous les soirs j’attends que l’on me berce de rêves : la nourrice primordiale me prend contre son sein pour me nourrir de mots. Elle me susurre que je suis fils de Dieu et que la paix règne sur moi. Amour, je te chéris et de tout mon être sourd l’ambroisie.

mardi 21 octobre 2008

Place BRUSSAC (5)

Je me plais à me représenter Jean Paul Brussac en grand maître d’une loge universelle, tel un Zarastro moins ostentatoire et plus démocratique.

L’organisation des grandes cérémonies, basées sur le volontariat, serait ludique sous sa houlette et sans se prendre au sérieux déboucheraient sur des manifestations d’une grande profondeur et à la joie renouvelée.

Initiateur, Jean Paul l’est sûrement.
En employant un jeune poète comme apprenti libraire dans sa boutique … si vous entendez un jour parler de Frédéric Jorand faites « bruire » jusqu’à moi « les choses » qu’il aura écrite.
En accueillant tous les ans des classes de collégiens qui le temps d’un après midi partent à la découverte du monde des livres dans la plus belle des librairies et repartent avec sous la main les ouvrages qu’ils auront choisis.

Si vous êtes un jour de passage à Bordeaux, surtout allez saluer la « Place Brussac » et respectez l’harmonie des lieux.
Pour ce faire nul besoin de vous sanctifier en y pénétrant, vous ne rentrez pas dans une église, mais comportez vous en être humain libre et curieux.

Soyez ouvert à ce petit monde afin de pouvoir compléter cette histoire de vos anecdotes personnelles et qui sait d’y prendre part !

samedi 18 octobre 2008

Place BRUSSAC (4)

Les visiteurs de la librairie sont, comme je l’ai déjà dit, des amis venus tailler une bavette avec M. Brussac, des écrivains venus s’entretenir avec un intermédiaire (ces derniers sont souvent également des amis, si bien que la conversation y saute du coq à l’âne), des connaissances venus rendre compte de leurs dernières expériences rendues possible par l’entremise du « capitaine » ou au contraire à la recherche d’une nouvelle profession que son réseau pourra éventuellement combler de leurs vœux …

Mais aussi des clients. Parmi eux des habitants du quartier, des gens de passage et quelques notables bordelais avisés, qui aux autres librairies de qualité de la ville donnent leur préférence à la meilleure malgré les quelques lazzis dont M. Brussac paie leur fidélité en retour.

Ces moqueries portent invariablement, comme s’ils s’étaient donné le mot, sur la soi disant négligence des commandes du libraire qui se perdraient souvent en route.
Fait que je n’ai jamais pu observer, toutes mes commandes arrivant à temps et à heure dite, plus précise qu’un métronome, généralement le vendredi jour de la venue du comptable une fois par mois.
Celui-ci est systématiquement comblé d’éloges par M. Brussac qui en rajoute et improvise tel un virtuose sur le thème de « ces satanés chiffres qui ne veulent rien dire ! ».
Toutefois il semble avéré qu’il refuse de vous vendre un livre s’il a jeté son dévolu dessus. Vous devrez alors patiemment attendre qu’il l’ait lu avant qu’il ne vous le prête.

M. Brussac subi stoïquement les railleries de certains de ses clients mais tel le chêne de la chanson on sent bien qu’il en souffre.
Jusqu’à très récemment je ne m’expliquais pas ce petit jeu.
Mais je me suis avisé que tel le capitaine d’un navire écouté et obéi, ses subordonnés ne manquaient jamais de faire payer cette autorité légitime à leur supérieur par quelques traits d’esprits qui ne volent jamais bien haut comparés aux nues où l’albatros s’ébat joyeusement.
Ainsi en va-t-il de M. Brussac, capitaine bien plus que d’une librairie.

Celle-ci se pare des atours d’un centre culturel plusieurs fois par mois en accueillant la fine fleur de la littérature contemporaine.
Elle sert d’entremetteur pour des revues confidentielles et un lectorat potentiel.
Salle de cinéma d’art et d’essais, des spectateurs y trouvent en avant première et en exclusivité des films improbables mais de qualité exceptionnelle.
Et bouquet final, tous les ans un marché de la poésie y est organisé au printemps avec la remise exceptionnelle d’un prix de littérature dont le lauréat bénéficiera de l’édition de son recueil.

Le week end de cette manifestation, la halle du marché se transforme en petite ruche où le monde de l’édition, de la librairie et de l’écriture, bref toute la chaîne de production du livre, rencontre son public.

[...]

vendredi 17 octobre 2008

Place BRUSSAC (3)

Dès l’ouverture de la boutique, débute un ballet incessant digne du café du commerce.

On vient pour entretenir des liens d’amitié, pour demander services ou conseils … et quelque fois tout de même pour acheter un livre.
Non que ces occasions soient rares, la librairie tourne bien commercialement parlant, mais les clients sont noyés dans le flux des visites pour « autres motifs » lorsque les deux ne se confondent pas : ce qui est souvent mon cas.

Pour ma part, après avoir patienté à la terrasse vis-à-vis de la librairie, guettant les signes avant coureur de son ouverture, M. Brussac arrive enfin et me fait signe de la main pour me souhaiter le bonjour.
J’attends alors encore patiemment quelques minutes, que je mets souvent à profit pour régler ma note, le temps qu’il s’installe dans sa boutique et que Marc Pautrel et lui aient pu se saluer et entamer une discussion.
J’entre alors sur la pointe des pieds et, tout en saluant les deux compères, je prends place discrètement dans un recoin de la pièce principale où d’une oreille négligente, tout en fouinant dans les étagères, j’écoute leur entretien qui demeure incompréhensible à mon entendement de novice en littérature.

Généralement, à ce moment, quelques clients aperçus au préalable devant la vitrine durant mon attente, peuvent enfin rentrer salués d’un jovial bonjour.
Puis la discussion entamée continue à battre son plein, dérangée en cela de temps en temps par un appel téléphonique intempestif qui soit attendra une conclusion provisoire de l’entretien soit sera carrément négligé.

Les clients bien éduqués, s’ils ont besoin d’informations, attendront également le moment opportun pour se manifester. M. Brussac tout à leur service s’empressera alors de trouver l’ouvrage tant convoité qui s’il le connaît et l’apprécie sera accompagné de commentaires érudits et enjoués.

Mais gare à l’imprudent ayant une demande imprécise. Il repartira certes avec un ouvrage de qualité, mais qui ne répondra peut être pas entièrement, et ceci est un euphémisme, à son souhait initial.
Ainsi m’a-t-on raconté qu’un britannique francophone se serait aventuré de passage à Bordeaux dans la librairie Olympique avec pour unique souhait d’acquérir un ouvrage sur le thème du voyage, faisant écho sans doute en cela à sa propre situation de voyageur.
Nul guide touristique, encore moins une expérience romanesque sur un voyage d’un homme de lettre tels un Stendhal ou un Heine n’a rempli son escarcelle.
Figurez vous que le maître des lieux aurait, au mot voyage, immédiatement pensé au « Voyage au bout de la nuit » de Céline. Et vantant les mérites de l’ouvrage avec force arguments pertinents aurait réussi à persuader le chaland tombé sous le charme.
Ne voyez pas dans cet acte une vile manœuvre de marchand cherchant à se débarrasser de rossignols traînant sur l’étal : le « Voyage au bout de la nuit » est un grand livre que ne nécessitent nuls conseils avisés de libraire pour le vendre.

Je rapporte d’autant plus volontiers cette légende vraie ou fausse, peu importe, qu’une expérience similaire m’est arrivée en demandant à M. Brussac de me présenter des ouvrages de poésie française contemporaine afin de m’y initier.
Je me suis alors retrouvé avec la collection complète d’essais en prose divers et variés émanant de jeunes plasticiens s’étant reconvertis dans la littérature.
Encore une fois je le répète, n’y voyez aucune malice. D’autant plus que le client est systématiquement invité à s’asseoir dans le vieux fauteuil de la boutique et partir à la découverte du contenu des ouvrages proposés.
Chose que je fis naturellement et ces petits fascicules m’ayant tant plu, je les achetais remettant à plus tard ma demande initiale.

Si une conclusion doit être tirée de ces anecdotes, c’est que comme le grand roi Ahashvérosh, du livre d’Esther, voulant un soir lire des pages de son journal, systématiquement la main providentielle divine lui faisait tourner les feuilles à un endroit bien particulier de l’ouvrage afin qu’il se rappelle au bon souvenir de Mordekhaï qui l’avait sauvé d’un complot.
De même si à première vue le livre avec lequel vous repartirez de la librairie Olympique ne répond pas à votre souhait initial, voyez y un dessein supérieur qui trouvera sa réponse dans la lecture attentive des lignes que M. Brussac vous aura destinées.

Toutefois cet état de fait n’est pas systématique et l’honnêteté me commande de préciser que de nombreux clients arrivés avec une commande imprécise sont repartis non seulement comblés de leur achat mais également satisfait dans leur souhait initial.
Je pense notamment à une mère de famille désirant acheter un ouvrage pour son enfant sur le thème de la Grèce antique.

Ce qui me permet de vous expliquer le pourquoi du nom de la librairie.
M. Brussac serait effectivement un féru de culture classique.
Aucunes références donc au sport dans le nom de sa librairie et encore moins à l’affreuse ganache de Coubertin qui exhuma le cadavre des olympiades grecques.

jeudi 16 octobre 2008

Place BRUSSAC (2)

Sur les rayonnages de la librairie Olympique vous trouverez, au milieu de tous les beaux livres qui raviraient le bibliophile le plus exigeant, quelques effets personnels, souvenirs de moments mémorables ou d’une autre époque.
Parmi eux une photo d’un jeune homme sac au dos, aux habits de marin, la casquette crânement vissée sur la tête, le sourire aux lèvres émergeant d’une barbe juvénile déjà fournie mais à la taille impeccable, le tout sur fond de lande bretonne je suppose, avec en arrière plan une de ces bâtisses typiques en pierre de taille : du granit, comme les menhirs, si difficile à sculpter …

Souvent je passais devant ce cliché sans y prêter attention, concentré que j’étais sur les rayonnages. Jusqu’au jour où je m’avisais que ce visage m’était connu : celui du propriétaire de la librairie !
Un mystère toutefois demeure : est ce bien M. Brussac dans la splendeur de sa jeunesse ou bien un fils qui lui ressemblerait ?
Ce qui me fait hésiter est la qualité du grain de l’image. Une photo, répondant à la première hypothèse et ayant à présent trente ans bien tapés, pourrait elle avoir cette qualité de reproduction et de conservation ?
Admettons pour les besoins de la narration que tel est le cas.

La casquette que porterait M. Brussac est une de ces casquettes bleue marine de capitaine à une époque où il n’était encore que capitaine de lui-même : baroudeur à la recherche de l’inspiration nécessaire au jeune artiste qu’il était alors. Ou bien est ce de ces voyages que la vocation de sculpteur lui est venue ?
Le granit, comme les menhirs, si difficile à sculpter l’aurait il foudroyé tel un Dieu antique d’un destin le héros ?

Car c’est bien de granit que sont faites les rares œuvres que j’ai eu le loisir de contempler en reproduction sur le net : compositions fortes et puissantes taillées dans la roche, mise en scène de la pierre, presque brute en apparence, mais se révélant richement travaillée pour l’œil averti.
Quelques scories de ses œuvres (ou bien simples pavés ?) traînent ça et là dans la boutique, presse livres improvisés en guise de rappel de la vocation première du maître des lieux.

Amour des belles lettres ou plus prosaïquement recherche d’une stabilité financière ou les deux, toujours est il que, sans abandonner complètement son activité de sculpteur, M. Brussac prodigue une passion d’artiste à son nouveau métier.
Et encore, cela serait bien peu pour décrire toutes les casquettes que porte désormais cet homme dans le cadre de son activité publique principale.
Capitaine d’un iceberg dont la partie émergée serait la librairie Olympique, il mène tour à tour les activités d’agence d’intérim, d’organisateur d’évènements, d’éditeur, d’agent d’écrivains, de conseil en carrière littéraire … conservant dans un jardin secret son métier premier.

En vous installant dans le vieux fauteuil, essoufflé et soulagé du poids des visiteurs par un non moins vieux coussin, posé dans un recoin de la pièce principale, sur lequel M. Brussac vous invitera sans doute à vous asseoir, vous serez convié à partir à la découverte des trésors de ses étagères, tout en sirotant un café, rapporté depuis le café le plus proche par les bons soins du maître de céans, que je n’ai pour ma part jamais la patience d’attendre.
Exceptés les lundis, jour de fermeture, je me poste systématiquement à midi sur une terrasse de la place, un livre ou un journal à portée de main, bien avant l’ouverture de la librairie vers les deux heures et demie – trois heures de l’après midi. Ce qui me laisse tout le loisir après avoir déjeuné de boire mon café avant qu’on me l’offre.
Cette longue attente fait désormais partie des rituels de ma relation avec les « Olympiens ».

Systématiquement, tels Hermès Dieu messager, Marc Pautrel écrivain de son état, arrive à vélo sur la place cinq minutes avant M. Brussac.

mercredi 15 octobre 2008

Place BRUSSAC (1)

En plein cœur des Chartrons, à Bordeaux, bat une petite place, la « place du marché des Chartrons ».

Bordée de ses terrasses et de commerces de proximité, on dirait le centre pulsant d’un petit village : petit îlot de ruralité au milieu de la grande ville et de ses artères encombrées.
L’on y vit pourtant l’urbanité dans ce qu’elle a de meilleure, comme un alliage tranquille de ce qui se ferait de mieux dans ces deux espaces qui divisent la France, la ville et la campagne.

Ni quartier à thème, ni villégiature à bobos, encore moins camps retranché bourgeois ou populaire, cette place est ce que les urbanistes anglo saxons qualifieraient de « open space ».
Rayonnante bien au-delà du quartier et de la ville tout en le structurant, l’ouverture sur le monde et sur soi y règne en maître.
Oui sur le monde et sur soi ! Car il permet rien qu’en y pénétrant d’habiter simultanément l’espace dans son extension infinie et dans sa rétraction ultime, procurant cette sensation que seuls les grands voyageurs, tel Ulysse, connaissent. Cette perte et cette trouvaille de l’espace qui ne s’acquiert généralement qu’à la suite de longs voyages inconnus suivis du retour tout aussi inattendu chez soi.

Mais vous me demanderez à quoi tient cette magie des lieux ?

Certes l’architecture n’y est pas laide et comme un diamant en son écrin réside en son centre une merveilleuse petite halle de marché restaurée toute de métal et de pierre.
Toutefois cohabitent avec de vieilles maisons en pierre honorables d’hideux bâtiments des années 50 – 60 mal défraîchis.
Quand aux façades des premières certaines semblent comme abandonnées, menaçant de ruine.
Nulle présence donc d’une quelconque harmonie architecturale qui de l’avis des experts transcenderait l’âme des lieux et des passants.

Cette place tous s’y retrouvent et tout s’y perd. En premier lieu les repères, mais l’imagination y gagne.

J’y ai pris mes habitudes à la terrasse d’un pub dont la vitrine, aux confins de la place, jouxte un restaurant asiatique.
Lors des ondées, fréquentes en cette ville entre deux rayons de soleil, je cours me réfugier dans la vieille salle à la moquette défraîchie et au décor kitsch tout britannique, à destination des pauvres continentaux en mal de vie insulaire que nous sommes, où les accents d’Albion, que les serveuses, d’authentiques « grandes bretonnes », font sonner au fil de leurs commandes et de leur conversation, agrémentent d’excellentes spécialités culinaires bien grasses et d’odeurs de bières.
Pour ma part je n’y bois que d’énormes pintes de limonade lors de mes repas systématiquement terminés par un café que je n’ai pas la patience d’attendre … mais cela est déjà une autre histoire.

En rejoignant donc la salle du pub vous y longerez un restaurant asiatique qui à l’œil mal averti semble abandonné.
En tenant l’affût assez longuement vous y verrez cependant un couple d’annamites effectuant quelques aller retours entre la boutique et la voiture garée en double file qui bloque momentanément la circulation sur cette place à voie et sens unique (aucun klaxon intempestif ne se fera pourtant jamais entendre).
C’est alors qu’une question se pose à mon esprit malade et à l’imaginative paranoïaque : que peuvent bien transborder, dans ce restaurant toujours fermé, ces gens à l’apparence honnête ?
Bien entendu, comme dans tout chinatown qui se respecte, de la fourniture pour un atelier clandestin en arrière boutique d’une façade de complaisance. Ou plus exotique encore, de l’opium à destination d’une fumerie clandestine située au sous sol.

Voilà déjà qui agrémente l’esprit des lieux !
Cependant ce n’est ni à un pub, somme toute assez commun dans les quartiers de nos villes, ni à un restaurant asiatique jadis renommé que la place gagne à être connue et doit sa singularité.
Vous me direz avec justesse que « c’est un ensemble, un tout qui génère la magie d’un lieu ».
Mais vous aurez tout à la fois raison et tort.
Car si c’est bien un tout qui structure cette place, en revanche c’est d’une unique boutique qu’elle rayonne.
Bien plus, d’une personne singulière dont elle tient l’âme et la vie.